Comment tricoter autour d’Aiguilles
📋 Ceci est un compte-rendu de la sortie « Séjour en étoile à Aiguilles »
Article de Jacques Leleu.
Il y a des moments hors du temps, loin du fracas du monde. Des heures qui n’ont pas de prix, quand seul le chuintement des peaux qui glissent sur la neige vierge vient troubler le silence. Des jours comme Samivel devait les aimer, avec ces rondeurs blanches où les humains ne sont que de passage.



Ce lundi 9 février, il y a quelque chose de magique dans cette progression lente et régulière qui conduit les huit randonneurs vers les chalets de Clapeyto, au-dessus de Brunissard. C’est le Queyras comme on rêve de le découvrir en feuilletant les beaux livres de photos de montagne. Mais cette fois, nous sommes dans le livre !



« C’était comme ça avant le ski de rando », s’émerveille Sylvaine, l’organisatrice du séjour. Elle goûte un moment de répit tant la pression est forte depuis quelques jours. Les avalanches ont déjà tué 25 personnes depuis fin décembre, dont deux près de Saint-Véran, dans le même département (www.anena.org). Les BERA vont se suivre et inciter à la plus grande prudence. Pas question de prendre le moindre risque. Alors il faut savourer chaque instant de cette journée contemplative. La pente paresse le long de larges canyons. Pas de réseau, on déconnecte.

La neige légère permettra de doubler le plaisir dans la descente après avoir atteint les cols du Pansier et de la Rousse.

« Le dernier qui sort sa pelle et sa sonde paie sa tournée ! » Pas de chance, la pause a été de courte durée et l’effet de surprise garanti. Le petit exercice terminé, le plaisir de la descente a repris le dessus.

On salive déjà à l’idée de retrouver « La p’tite auberge » d’Aiguilles, un camp de base idéal tant l’accueil et la qualité des repas font vite oublier la fatigue. Mais pas question de relâcher la vigilance pour autant. Dès la sortie de la douche, on se plonge dans l’analyse du BERA, de skitour, de Météo-France et d’Iphigénie pour préparer la course du lendemain. On dirait huit geeks qui jouent les ados attardés, les yeux collés sur leur portable. L’IGN a remplacé Tik-Tok, chaque pente est scrutée, on note les points de vigilance, on s’assure que chacun a déjà l’itinéraire en tête.


« On va où aujourd’hui ? » Le lendemain matin, la question peut surprendre, mais Sylvaine tient à s’assurer que personne n’a oublié le sommet prévu ce mardi : le pic de Maloqueste au-dessus de Ristolas. Ce sera la journée la plus longue et la plus belle. Une fois de plus, Pierre fait la trace une grande partie de la montée. Une longue coulée sur le flanc gauche nous rappelle que la vigilance reste de mise.



On ne s’attarde pas au sommet tant les bourrasques nous poussent à descendre au plus vite. La danse va commencer. A l’aise dans les mélèzes. Christophe a la spatule joyeuse. Il se faufile avec tant de fougue dans la forêt que chacun se sent pousser des ailes pour le suivre. On se croirait dans une « Nuit de la glisse » tant le décor nous ferait croire que nous sommes devenus les rois de la peuf. Allez, on remet ça ? Une partie du groupe remet les peaux pour s’offrir une nouvelle tournée dans les mélèzes.



Encore deux jours. On oubliera la Colette de Gilly le mercredi. On trouvera encore assez d’énergie pour monter jusqu’à la Cabane de Méale le jeudi tandis que les dix coups sonnent au clocher de Saint-Sauveur. Deux dernières courses choisies pour garantir la plus grande sécurité tandis que les appels à la plus grande prudence se multiplient. Mais le séjour aura été au-delà de toutes les attentes.



EN BREF
- Huit randonneurs à skis de 48 à 75 ans partis dans le Queyras du 7 au 12 février.
- Cinq nuits à « La p’tite auberge » d’Aiguilles (10 sur 10).
- Samedi 7 : le Pic de Gleize au départ du le Col Bayard (D+ 900m).
- Dimanche 8 : la Gardiole de l’Alpe depuis Prats Bas (D+ 1150m)
- Lundi 9 : les Cols de Pansier et de la Rousse depuis Brunissard (D+ 1050m).
- Mardi 10 : le Pic de Maloqueste depuis Ristolas (D+ 1550m).
- Mercredi 11 : la Colette de Gilly depuis Le Roux (D+ 700m).
- Jeudi 12 : la Cabane du Méale depuis St-Sauveur (D+ 800m).

Et en bonus, quelques photos supplémentaires au fil des jours :






Crédits photos : les participants




