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Week-End Spéléo - L'Ardèche Souterraine

Spéléologie
Rédigé par AntoineS-0f2 le 02/05/2026
Modifié par AntoineS-0f2 le 03/05/2026
Publié par FrancoisT-763 le 04/05/2026
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📋 Ceci est un compte-rendu de la sortie « SUITE CYCLE - 3 jours en ardeche »

Une fois n’est pas coutume, cela fait deux mois que la sortie est préparée. On n’a pas l’habitude, mais les cavités sont réservées, deux sur trois. Une mesure prise pour les protéger. 

Nous nous retrouvons avec Matthieu L., Mathieu G., Vanessa et Antoine au mur de la gare pour préparer la sortie et réviser les dernières manipulations de corde avant le séjour. Passage de nœud en montée et en descente, et décrochage : une manip d’auto-secours qui consiste à décrocher une personne bloquée sur une corde. La difficulté de cette manipulation vient du fait que la personne en difficulté, blessée ou inconsciente, est maintenue sur la corde via un bloqueur à picots, un croll ou autre pour les experts. Il faudra donc essayer de la soulever pour pouvoir enlever ce bloqueur. Avec Matthieu L., on observe Vanessa et Mathieu G. appliquer la technique dite de « grande longe ». Pendant ce temps-là, nous essayons une technique peu pratiquée mais très efficace dite « le croll à croll ».

Fin de la séance. Alors, qu’avez-vous préparé pour ce week-end ? Vous avez regardé où étaient les cavités ? Euh… en Ardèche… Pourtant tout est écrit sur le descriptif de la sortie sur le site du CAF. Première sortie anticipée et personne n’a rien préparé. Pas grave, on a toute la soirée pour y remédier. À quelle heure nous retrouvons-nous demain pour partir ? Demain, la journée est tranquille donc on peut partir un peu tard. Matthieu L. propose donc que nous nous retrouvions
à 7 h 00 au garage pour récupérer le matériel. 7 h 00, pas très tôt… on ne pensait pas au même horaire, mais c’est vrai qu’en faisant la chronologie de la journée, cela fonctionne bien.

 

Jour 1 : Aven du Marteau (enfin presque)


Temps passé sous terre (TPST) : 9 h

 

On se retrouve tous au garage du CAF à 7 h 00 pour récupérer le matériel. Enfin presque, parce que Matthieu L. a oublié la clé du Caïrn, du coup demi-tour avec Mathieu G. Heureusement, Vanessa a prévu les pains au chocolat pour attendre. Ils sont encore un peu chauds, avec un chocolat encore peu fondant. Tout le monde est là, on charge le matériel et on part !

Trois heures plus tard, nous sommes en Ardèche, direction la première cavité. Une cavité d’échauffement. Un -110 m facile d’accès. Un trou école. On prépare les kits et on quitte la voiture vers l’entrée de la cavité. Quinze minutes de marche plus tard : « Il y a déjà un groupe dedans ! » C’est plutôt rare mais ça arrive. Qu’est-ce qu’on fait ?

Comme on a bossé le topo, on sait qu’il existe une deuxième entrée à cette cavité, l’aven de la Faucille, mais où est-elle ? Pendant qu’un d’entre nous commence à équiper le Marteau, les autres recherchent la Faucille. Elle est là !

Après un petit débat, il est décidé que nous avons suffisamment de matériel pour tester la Faucille, même si, en tant qu’entrée secondaire, cela va être plus sportif que l’entrée principale. Tout ça pour ne pas avoir de problème de corde et de plaquettes avec l’équipement de la seconde équipe.

Je commence donc à poser les amarrages et la corde. L’équipement en place est aléatoire : soit il n’y a rien et on se débrouille avec les concrétions, soit il est moyen (un point), soit il est neuf (deux beaux spits ou amarrages forés). Je continue d’avancer : c’est étroit mais ça passe toujours.

Une première étroiture horizontale me bloque un peu, mais en 30 secondes elle est passée. Je les entends derrière moi, un peu loin, mais ils suivent tant bien que mal dans les passages étroits.

Je continue et me voilà devant une nouvelle étroiture : un passage vertical qui va être compliqué. Je sais que derrière, il y en a deux qui ne sont pas amateurs de ce genre de passage, mais dans le doute, j’équipe.

Je vois la salle d’arrivée juste en dessous. La tête de puits est équipée, il ne me reste plus qu’à me faufiler. Essai un : le baudrier s’accroche partout. Je remonte. Essai deux : la corde ne glisse pas. Je remonte. Je bricole un peu. Essai trois : je me faufile, je fais le saumon… le bassin passe, les épaules passent… et là, le casque coince. 

Impossible de bouger. Un mouvement sec de la tête… crac. Le casque se décroche dans un bruit inattendu. Je continue… et PAF, je passe l’étroiture. Petit vol au passage. 

Je suis au plafond de la salle. Je cherche à fractionner : aucun point. Je descends. 

D’en bas, je ne les entends plus. J’entame donc un tour de la salle. Pas le temps d’aller au bout d’un des deux côtés que Matthieu L. arrive au sommet de la corde et essaie de s’y faufiler. Si je vous parlais d’un saumon qui se dandine pour passer, d’en bas, cela ressemble plutôt à un nageur qui bat frénétiquement des pieds pour éviter de se noyer. Matthieu bloque. Pour passer, il doit lâcher la corde, alors il me demande de le contre-assurer. Il essaie de passer mais bloque toujours.

— Tu vois la corde des autres ?
— Non, mais la salle est grande et je n’ai pas eu le temps de faire un tour.

On est tous les deux bloqués : lui à essayer de descendre et moi à le contre-assurer. Après un dernier effort, victoire, il est passé. Il descend et m’annonce que Mathieu G. et Vanessa ont préféré faire demi-tour à la première étroiture. Une étroiture où ils ont vu Matthieu L. enlever son baudrier pour passer. 

Tous les deux en bas, nous faisons le tour de la salle pour chercher la corde de l’autre équipe. Matthieu compte dessus. Rien. On hypothétise : 

— Elle devrait être là ! 

Plus rien, ils sont déjà sortis. 

Dans le doute de repasser cette étroiture à la montée, je pars pour essayer. Je sais que ça va être sportif, mais j’y crois. Je me visualise en train de la passer. Je monte, retire le casque, le pose au sommet du puits.

Je teste : sur le ventre, bras gauche devant. L’épaule droite bloque. Sur le dos, bras droit devant. L’épaule gauche bloque. 

Après une grosse demi-heure de tests pendu au plafond de la cavité, je choisis de descendre. J’ai les épaules en feu à force de les taper et de forcer leurs passages, et les bras fatigués à force de les garder en l’air. Comme si j’avais peint un plafond pendant 30 minutes sans baisser les bras une seconde.

Mais bon, pour descendre, faut-il encore réussir à retirer son bloqueur ventrale. Pas facile bloqué dans ce trou. Une, deux, trois, quatre tentatives : rien. 

Une idée. D’une grande souplesse, je sors la tête de l'ouverture et me retrouve parallèle au plafond. Je trouve les appuis que je peux. Un, deux, trois coups de bassin vers le plafond, et le croll est ouvert. Je mets le descendeur, récupère le casque et descends me reposer.

— Tu as une idée de comment passer, Matthieu ? Tu veux essayer ?
— Si tu ne passes pas, je ne passe pas.

Je regarde l’heure : il est 15 h 15. J’ai commencé ma tentative à 14 h 30. J’ai passé 45 minutes sur ce plafond. Bon, ça va être un secours.

— Tu as donné quelle deadline à Laurent ?
— 18 h.
— D’accord, donc les secours vers 20 h.
— Non, plutôt 22 h, sortie minuit.

On espère que Mathieu G. et Vanessa ne vont pas nous attendre à la sortie de la cavité. 

Je me repose, puis deuxième tentative, pour éviter de réveiller toute l’Ardèche spéléo. Cette fois-ci, j’essaie avec les autres bras devant. Rien. Je redescends. Je n’ai plus d’épaules ni de bras. Vive les ecchymoses !

Avec Matthieu, plutôt que d’attendre à ne rien faire dans cette salle, on a le kit et l’équipement prévu pour aller jusqu’à la salle inférieure, alors on y va. Matthieu équipe. On cherche le chemin et on va au plus logique. Il trouve de quoi équiper. C’est étroit mais confortable. On passe sans problème.

Une heure plus tard, nous sommes dans la dernière salle. Elle est immense. On la visite en long, en large, en travers et en profondeur, puis on remonte. 

Il est 18 h. La surface est censée commencer à se poser des questions. 

Arrivés dans la salle supérieure, je me repose dans le noir en attendant Matthieu. Je l’écoute remonter. Tant qu’il y a du bruit, il va bien. 

Matthieu a fini de démonter l’accès de la salle du bas. On papote un peu. Le seul moyen que les secours s’accélèrent, c’est si quelqu’un connaît la cavité et sait ce qu’il se passe. Je suis plus optimiste que Matthieu.

Dans un dernier espoir pour éviter un appel collectif aux spéléos ardéchois, je monte pour une troisième tentative. Cette fois-ci, je vais tester les deux bras devant. Pour éviter d’être bloqué dans l’étroiture, je retire le croll avant de m’engager. Je ne suis plus sécurisé que par ma poignée, que j’ai coiffée pour éviter tout problème. 

Je mets les deux bras devant et je me lance. Je bats des pieds, mon pantin (bloqueur de pied) m’aide à trouver des appuis. Après quelques minutes de débattement, je passe les épaules. Hourra ! Fini ! 

Je me prépare à faire un « dips »… et rien. La boucle de serrage de la cuisse du baudrier bloque sous une écaille de roche. Je me débats, rien. Pause. Épuisé, je reste bloqué comme un bouchon de champagne. 

Il aura fallu deux nouvelles tentatives de « saumon » pour faire sauter ce blocage et enfin sortir de l’étroiture. Je discute avec Matthieu des prochaines étapes : 

1. Déséquiper la sortie.

2. Prévenir Mathieu G., Vanessa et Laurent. Si le téléphone ne capte pas à la sortie du trou : marcher jusqu’à avoir du réseau.

3. Équiper l’aven du Marteau pour récupérer Matthieu L., resté en bas.

Je hisse le kit accroché au bout de la corde avec le matériel nécessaire au déséquipement que j’avais laissé en bas, et j’entame la remontée. 

Le plus dur est fait. Ou pas. 

Le premier passage étroit passe sans encombre. Mais l’ensemble des petits puits verticaux suivants… galère. J’ai peut-être choisi mon mauvais profil. J’avance centimètre par centimètre. Le kit se bloque, je le débloque. Je récupère le matériel en place. Le kit se rebloque, je le débloque à nouveau.

Il fait beaucoup trop chaud, l’effort est intense. Qui a dit que la sortie était facile ?

Collé entre les deux parois, j’entends mon cœur battre et résonner dans ce petit espace.

Je continue de progresser. J’entends une voix.

— Mathieu G. ! Vanessa !

Rien. Je continue de monter.

— Mathieu ! Vanessa !
— Antoine, c’est toi ? Ça va ?
— Oui, dites que tout va bien !

J’explique tout en continuant ma remontée. Je sors de ma grotte et m’assois en plein air. Il fait encore plus chaud dehors que dans la cavité. 

On me passe Laurent au téléphone, alors je lui fais tout le topo. 

Pour repartir sereins, on refait le kit proprement avec tout le matériel. Comme on va sur l’entrée initiale, pas trop de questions à se poser sur le matériel. 

Pendant ce temps-là, je discute avec Mathieu et Vanessa sur leurs journée. Est-ce qu’ils ont eu le temps de faire les courses ? Non, et maintenant c’est fermé : il est 20 h. 

Ils me racontent qu’ils sont allés se baigner dans l’Ardèche, boire une bière en terrasse, et qu’ils ont bien fait de ne pas nous attendre. S’ils sont revenus au trou, c’est parce qu’ils commençaient à s’inquiéter. Ils pensaient d’abord qu’on était sortis mais sans réseau pour les contacter. Quand ils ont vu la corde encore en place, ils ont envisagé un accident.

En téléphonant à Laurent, celui-ci leur a parlé du risque d’asphyxie au CO₂ possible dans les cavités ardéchoises. Je les rassure en disant qu’on est descendus à –110 m sans problème et que Matthieu attendait à –50 m.

Quand on me demande le temps d’équipement pour aller chercher Matthieu L. et le sortir, je me base sur la descente entre les deux salles ( la salle supérieur et la salle inférieur ) : une heure pour descendre, une heure pour monter, et une heure de marge. 

Nous commençons à équiper l’entrée du Marteau, l’entrée prévu initialement sur la journée, et prévenons Laurent. On redescend : trois heures maximum. 

Après une entrée légèrement étroite, le gouffre s’agrandit rapidement. Mathieu G. me suit par sécurité. Il n’a pas le temps de me rejoindre que je vois déjà Matthieu L. arriver et attendre sous le puits d’accès.

Je descends jusqu’en bas, par plaisir d’avoir fait les deux accès.

Pendant que les Matthieu remontent, je me rebalade dans la salle pour retrouver l’autre accès. Avec Matthieu L., on avait une bonne hypothèse : l’accès initial était bien à l’endroit visualisé. 

Je redéséquipe tout jusqu’à la sortie. Il fait presque nuit.

— En fait, vous avez vu l’autre groupe ?
— Oui, ils sont passés quand on est sortis vers 14 h 30. On a failli se croiser de peu. 

On descend jusqu’à la voiture, on cherche un endroit où manger, débriefer la journée et préparer la sortie du lendemain.

 

Jour 2 : Aven de Noël (les cadeaux en moins)


TPST : 6 h

 

Première sortie réservée. On doit récupérer les clefs d’accès à 8 h. Avec les galères de la veille, on a décalé à 9 h. Pendant le trajet, on retravaille la topographie de la cavité. On n’y comprend rien. Il y a juste des lignes, aucun nom de lieu, aucune altitude, on ne voit même pas l’entrée. 

Sur le chemin d’accès, on voit les panneaux « Réserve de l’Ardèche », véhicules interdits sur toutes les voies annexes.

— Vous en avez vu un sur la nôtre ?
— Non.

Ça y est, le moment fatidique arrive. Même si le topo officiel nous indique de nous garer plus loin, nous décidons de faire demi-tour pour ne pas rentrer dans la réserve. Un peu de marche ne va pas nous tuer.

On prépare le matériel et entamons l’approche. Il fait déjà chaud. Ça va faire du bien de rentrer dans la grotte.

L’entrée est bricolée : une grille fermée avec un cadenas, et en dessous une plaque métallique coulissante. On ouvre le tout. Une petite échelle apparaît et Matthieu L. descend équiper les premiers puits, suivi de Mathieu G., puis de Vanessa, et je ferme la descente.

Je remets la grille de l’entrée en place pour éviter qu’un malheureux ait à apprendre à voler s’il ne regarde pas où il met les pieds puis je commence à descendre.

Toute l’équipe se retrouve sur une petite terrasse en bas des puits étroits. C’est le moment où Mathieu G. passe devant pour équiper, suivi de Matthieu L. à la surveillance.

Le gouffre s’agrandit énormément, donnant une ambiance de folie au rappel : 90 m, dont presque 30 + 40 en fil d’araignée. On ne risque pas d’avoir froid en remontant.

Tout le monde au fond, on commence à avancer. La cavité possède un volume gigantesque. Nous déambulons au plus évident : pas besoin de se baisser. Nous suivons les balisages de protection des concrétions et autres merveilles de la cavité.

Arrivés à l’extrémité de la galerie principale, nous trouvons la corde d’accès à la galerie supérieure. On monte et visitons celle-ci. Toujours magnifique.

Arrivés au fond, demi-tour, on revient sur nos pas. Arrivés en bas de la corde, pendant que le groupe fait une pause, je pars jeter un coup d’œil au méandre des chauve-souris. Étroit mais confortable. N’étant pas un objectif de la journée, nous n’irons pas plus loin par là.

Nous revenons sur nos pas jusqu'à l'intersection de la galerie principale et de la galerie de la grande coulée. 

Nous nous y engageons. Encore de toujours de belle concrétions.

De retour avec les autres, compote finie, la blague est lancée :

— Quel est l’animal qui saute le plus loin ?

Vous avez jusqu’à la sortie du trou pour trouver. 

On reprend la marche direction la galerie Blanche. Une galerie qui porte bien son nom, remplie de calcite du sol au plafond. On voit le chemin emprunté par les spéléos plus que le balisage : une mono trace de boue posé sur cette surface blanche. 

Étant toujours dans une galerie hors norme, nous arrivons au bout facilement. Demi-tour, c’est l’heure de remonter. 

Sur le chemin du retour, on s’organise pour être efficaces : dans quel ordre on remonte ? Qui déséquipe ? Ce sera Matthieu L. en premier, Vanessa en seconde, Mathieu G. en troisième, et Antoine au déséquipement. 

Pendant que les premiers commencent à monter, avec Mathieu G. nous cherchons l’entrée de la partie inférieure. Par manque d’information, nous abandonnons rapidement et nous nous posons en bas du puits en regardant nos partenaires remonter ces 90 m. 

 

La remontée se passe bien. Il y a juste eu un moment où la corde s’est coincée, nécessitant une petite manœuvre de conversion (descente puis montée). 

Arrivés au sommet du puits de 90 m, avec 140 m de corde dans le kit, Mathieu G. me demande si je veux qu’il prenne le relais pour déséquiper. Mais non, ça ira. Je préfère qu’il prenne les 140 m de corde. Il est encore lucide, il n’est pas dupe, mais il est gentil et partira avec le kit chargé. 

Arrivés proches de la sortie, on se dit vivement dehors pour profiter du soleil et de l’air… sauf qu’en réalité, déjà bien échauffés dans la cavité, on se reprend un coup de chaleur sur les derniers mètres et à la sortie. Un moment pas si agréable. 

Une fois dehors, on referme proprement la cavité, retournons à la voiture, préparons les kits pour la sortie du lendemain et rangeons le matériel que l’on n’utilisera plus. 

On fait des courses, puis rentrons au logement. Sur le trajet, nous passons devant la cavité de demain : il y a plein de groupes de spéléo sur le parking.

— Il y aura autant de monde sous terre demain ?
— Non, nous sommes les seuls à aller sous terre demain. De plus, pour éviter la
sur fréquentation, la cavité est limitée à deux groupes par semaine.

Plus qu’à aller faire un plouf dans l’Ardèche pour récupérer. Une eau froide, mais qui a fait un grand bien.

 

Jour 3 : Aven Saint-Marcel (Réseau 4)


TPST : 5 h 30

 

Après avoir vu la veille une grosse douzaine de spéléologues sur le parking, Matthieu L. nous avait rassurés : la sortie que nous allions effectuer était accessible à seulement deux groupes par semaine. De plus, nous étions les seuls à avoir réservé pour cette journée. 

En effet, sur le parking, nous étions seuls. Pas une chèvre comme on peut en croiser sur les routes ardéchoises. 

Pendant que l’équipe se prépare, Matthieu L. part vérifier si la grille est bien ouverte pour nous permettre de descendre. À son retour :

— C’est bon, on peut descendre.

Étant prêt, je demande où est l’entrée et m’y rends en les laissant derrière moi sur le parking. 

La sortie est donnée pour 10 à 14 h pour un groupe de spéléos confirmés. Comme personne n’a envie de rentrer à 3 h du matin, je donne le rythme. D’après les retours que Matthieu a pu avoir, on se base plutôt sur 8 à 10 h de sortie. Mais pareil, rentrer à 22 h ne plaît pas à grand monde. 

J’arrive devant la grille, l’ouvre et entre, puis me tourne vers les escaliers. Sensation étrange pour un spéléo d’arriver dans une cavité par un long couloir suivi d’un escalier.

Du haut de l’escalier, j’observe la grande salle et attends l’arrivée du groupe. Je peux voir sur la gauche l’équipement pour une main courante aérienne donnant sur un puits moyen. 

J’entends discuter en haut du couloir, puis la grille s’ouvrir, et enfin j’aperçois le groupe entrer. Je descends les escaliers et les attends en bas, à côté de la zone de maturation du vin de Saint- Marcel. 

Le groupe au complet, nous partons découvrir le réseau 1 puis le réseau 4. Rapidement, on quitte la partie touristique de la cavité. On a fait 30 m. 

Et nous nous retrouvons au milieu des lumières, vidéoprojecteurs et enceintes d’animation de la cavité. Ça parle donc de cinéscénie. 

On avance quand soudain Matthieu L. nous demande si nous avons pris les bons kits, ceux préparés la veille pour gagner du temps.

— On a le kit rouge et jaune.
— Le bon jaune ?
— Oui, pas le gros énervant à transporter.

Dans le doute, il n’y a pas de doute : on l’ouvre. Zut, les cordes sont lovées. Marche arrière. C'était le kit bleu qu'il fallait prendre.

De retour sur la partie touristique, Matthieu L. se déséquipe et part en courant chercher le bon kit. Pendant ce temps-là, je pars à la découverte de l’autre côté de la partie aménagée, suivi de Mathieu G. 

De belles concrétions, de beaux gours remplis d’eau et un chemin tout en descente… qu’il faudra remonter. 

Arrivés en bas, avec le dénivelé et la distance à parcourir pour revenir là où nous avons laissé le matériel et surtout revenir avant Matthieu L. pour ne pas perdre de temps nous augmentons encore le rythme. 

Presque arrivés dans la grande salle, on entend Matthieu L. On est en retard. Enfin presque : il venait d’arriver et était en train de se rééquiper. Donc un timing parfait.

Cette fois-ci, c’est le grand départ. 

Je reste sur un bon rythme et me retrouve devant, à avancer rapidement. L’itinéraire est évident pour le moment, mais j’ai beau me retourner pour penser au retour, rien n’y fait : j’ai du mal à mémoriser l’aspect de la cavité. 

On avance. Le chemin est large et haut. On déambule sans difficulté dans ce couloir de métro. 

Cela fait une heure que l’on est partis et Matthieu L. nous annonce que, sur le topo, notre progression est estimée à deux heures. On a donc marché deux fois plus vite que la normale. Notre plus gros obstacle a nécessité de baisser la tête. Rien de sorcier. 

Vient la première intersection. On hésite. On part voir à gauche : ça ne correspond pas à la description. On part voir à droite : ça ne correspond pas non plus au topo. On tente d’aller plus loin à gauche… et là, ça correspond au topo et à la description. On fonce ! 

Plus loin, nous voilà devant une bâche : une installation scientifique visant à étudier la circulation du CO₂ dans la cavité. Notée dans le topo, nous la passons et la repositionnons méticuleusement. On comprend : ça souffle à cet endroit, on sent un courant d’air marqué en la soulevant. 

On part à droite et passons une passerelle : une planche d’acier de 5 m. Qui a amené ça là ? Ils ont dû en baver. Même si la cavité est grande, c’est tout de même loin de l’entrée. On continue la progression jusqu’à un chaos rocheux. Étape du premier rappel. Encore faut-il le trouver. 

Pendant que Matthieu L. cherche des points au sommet des blocs, je pars en quête d’un passage en dessous. Après être descendu dans la première compression :

— J’ai un chemin de rubalise !

Et là, tout le monde s’engage à la suite, à se contorsionner entre les rochers. Tous… sauf Matthieu L., qui trouve une petite corde et shunte le passage.

Premier puits équipé et descendu. 

On sait qu’à partir de maintenant, on va enchaîner des montées et descentes 4 ou 5 fois. Nous sommes plus lents à progresser, mais gardons tout de même un bon rythme. Trouver les ancrages et les cordes nous demande le plus de temps : elles sont de la même couleur que la roche, et parfois décalées de l’axe d'avancement. Mais globalement, rien à redire, l’équipement est propre. 

On enchaîne : on monte, on descend, on avance, on monte, on avance, on descend… jusqu’au dernier rappel dans une salle avec une double arche. Une véritable tour Isabelle souterraine. Un morceau de Chartreuse avec nous.

Bien que la première arche soit facilement identifiable, il faut bien lever les yeux pour voir la seconde. 

On continue jusqu’à un laminoir où nous posons les kits. Je m’y engage. Le sol, fait de gours, rend la progression peu agréable. Une petite chatière, et nous voilà dans la dernière salle. 

On ajoute le CAF de Chambéry en tant que « finisher » du réseau 4 et repartons sur nos traces. 

De retour aux kits, Matthieu L. nous annonce un bonus dans un méandre sur notre gauche. On cherche… trouvé. On s’y engage, et surprise : de magnifiques concrétions excentriques.

Demi-tour et retour à la voiture. 

Par solidarité pour les affamés, il est décidé que la pause se fera à la première remontée. Pendant que l’un monte, les autres mangent. Avec seulement 10 m à remonter, la pause est rapide. 

Vanessa et Mathieu G. partent devant, tandis que Matthieu L. et Antoine déséquipent tranquillement. 

On descend, on monte, on déséquipe, on avance et on rattrape Mathieu G. et Vanessa. Le retour se fait sans encombre. 

À l’approche de la partie touristique, nous apercevons de la lumière.

— Ils ont allumé la cinéscénie !

Non, juste l’éclairage classique.

On fait un petit crochet pour voir si les gours sont allumés : non. Par contre, on entend du son venant de plus bas, mais nous n’irons pas voir. 

Sur le retour, nous croisons un groupe en visite, puis remontons le grand couloir avant de sortir au soleil. 

Si l’on exclut l’aller-retour de Matthieu, nous venons de faire l’aller-retour du réseau 4 en 5 h 30.

 


 

Fin de week-end pour le groupe spéléo du CAF.

Plus qu’à rentrer. Arrivée prévue vers 16 h 30 à Chambéry, et cela convient à tout le monde. 

On se sent tout de même un peu privilégiés d’avoir pu faire ces deux cavités exceptionnelles d’Ardèche et leurs volumes hors normes pour des spéléos savoyards (enfin, sauf pour la première). 

Souvenez-vous, on avait une réponse de blague à trouver : quel est l’animal qui saute le plus loin ? Il nous reste le trajet pour trouver, mais personne n’a réussi. La meilleure tentative fut le gnou… parce qu’il a de bons « gnou » pour sauter. 

Aujourd’hui la réponse est trouvée, mais on vous laisse l’espace commentaire pour l’annoncer.

À plus sous terre,

Antoine