Weekend cycle falaise - Le mont Aiguille par la voie normale
📋 Ceci est un compte-rendu de la sortie « CYCLE Escalade en Exterieur - WE »
6 heures. Après un réveil aux aurores au camping, on quitte la voiture, cordes et dégaines dans les sacs à dos, direction notre projet du jour : le mont Aiguille par la voie normale. La marche d’approche à travers la forêt, dans la pénombre, se fait d’un pas motivé, d’autant qu’on commence à apercevoir la paroi à laquelle on va s’attaquer, qui joue encore à cache-cache avec les nuages.

Traversée raide du pierrier, nous voilà au pied de la voie nord-ouest. Les deux cordées, décidées la veille, se forment : d’un côté Mathilde, chapeautée par Loïc, de l’autre Odile et Jeanne, guidées par Didier. Tandis qu’on s’équipe, nos deux encadrants nous refont un dernier point : manips aux relais, description des premières longueurs, et surtout attention aux cailloux, qui ont la fâcheuse tendance de se déloger pour dévaler la paroi. Tête casquée et levée pour repérer le chemin, on comprend vite que le terrain est bien différent des couennes dans lesquelles on s’est exercées tout l’été : rien de difficile à première vue, mais les points sont beaucoup plus éloignés, la lecture de la voie moins aisée malgré les topos chargés sur nos portables… et il y a des cordées derrière nous ! Une fois la grosse broche qui marque le début de la voie repérée dans les gradins de départ, on se lance.

Les premières longueurs s’enchaînent. Avec elles se répètent déjà les manips : vache, mousqueton, nœuds et boucles, une litanie méditative qui ne nous quittera pas avant le sommet et qui mettra à rude épreuve l’esprit et les bras. Autour, le décor est grandiose : partout, des parois de calcaire qui grimpent à l’assaut du ciel, une symphonie verticale seulement entrecoupée par des fenêtres de pierre qui ouvrent sur des vues à couper le souffle. Les relais sont l’occasion de respirer un coup, de refaire le point sur la longueur suivante, d'écouter les conseils de Loïc et Didier qui observent attentivement notre progression et nous encouragent, et de profiter du paysage.

Après une succession de montées et de traversées, on atteint un premier passage câblé gentiment aérien, qui nous amène sur une plateforme au pied de la Vierge, un immense doigt de pierre. Tout est minéral ici, en témoigne le couloir pierreux qui s’ouvre devant nous, après un petit pas de grimpe sur un rocher surplombant. Derrière s’enchaînent deux vires qui permettent de souffler un coup, avant de progresser sur le passage des Meules, une vire sous plafond où on avance, recroquevillées, en se tenant allègrement à la main courante. « Y a de l’ambiance », comme dirait Didier — comprenez : un mélange d’adrénaline, de stress et d’excitation sublimé par le vide qui s’ouvre de tous côtés et la beauté des lieux.

Nous voilà au pied des deux cheminées, qui annoncent déjà la fin de la voie. Témoin du passage des grimpeurs (il a dû y en avoir un paquet, depuis la première ascension par Jean Liotard en 1834), le rocher hyper patiné, heureusement suppléé par une main courante sur laquelle on se sécurise en grimpant. Enfin, on aperçoit les rayons du soleil, resté masqué par la paroi durant toute la montée : le sommet est à portée de main ! Pour la dernière longueur, Loïc et Didier repassent en tête pour nous assurer par le haut : une fois encore, rien de compliqué dans cette dernière étape, il suffit de regarder où poser les pieds, mais les cailloux sont bien péteux et chassent de partout, on est donc pas mécontentes de cette sécurité supplémentaire.

L’arrivée sur le sommet est magique : un large plateau herbeux baigné par le soleil, accueillant comme pas possible, qui tranche singulièrement avec l’aridité calcaire de la face nord-ouest. Un troupeau de bouquetins s’éloigne doucement. On pose les cordes, on souffle. Partout, la vue est imprenable : sur le Vercors bien sûr, et le Grand Veymont qu’on a l’impression de toucher du doigt. Plus loin, c’est le massif du Devoluy et les pics emblématiques des Écrins qui s’offrent à nos regards ébahis. Une dernière remontée en pente douce nous amène au sommet officiel du mont Aiguille, où on pique-nique en échangeant avec excitation sur notre ascension tout en profitant des environs.

Un dernier coup d’œil, et il faut déjà redescendre : la montée a pris cinq heures, quand même. Après avoir suivi un sentier qui plonge en désescalade sur le versant sud-ouest, on suit une vire étroite qui contourne le versant pour rebasculer côté nord. Y a du gaz, de quoi mettre les vertigineux au défi, et on est pas mécontentes d’être assurées par nos encadrants sur les passages les plus délicats ! Le chemin, esthétique, nous fait passer par une arche pierreuse qui défie la gravité. Une nouvelle désescalade prudente jusqu’aux câbles, et nous voilà au premier rappel, puis au deuxième, qui s’achève en fil d’araignée. La manip, bien répétée au cours du cycle, nous permet d’apprécier comme il se doit ce tour de manège, qui nous fait descendre au fond d’une gorge encaissée, aussi impressionnante que majestueuse. On rejette la corde derrière nous pour franchir les derniers goujon et chatière, jusqu’à toucher le sol, le vrai. Une dernière descente dans le pierrier puis la forêt, et nous voici de retour au camping, à trinquer en contemplant la face sud du mont Aiguille qui nous domine dans le soleil couchant.

L’expédition se conclut par un mélange d’émotions partagées : la joie immense d’avoir été là-haut, d’avoir pu vivre ce moment tous ensemble, le respect envers une montagne aussi belle et emblématique, et surtout la reconnaissance. Deux mois avant, on entamait le cycle falaise proposé par Loïc, avec peu, voire pas d’expérience en grimpe extérieure. Tous les jeudis, avec patience, lui et Didier nous ont montré et remontré les manips, ont encouragé le groupe, ont renforcé notre confiance en nous jusqu’à ce que ce projet, qui nous aurait semblé inatteignable à la première séance, devienne possible. Les remerciements sont bien dérisoires en comparaison de ce qu’on leur doit. Reconnaissance également à notre trio de grimpeuses : on était peut-être deux cordées, mais on est montées ensemble, dans un état d’esprit bienveillant et une bonne humeur précieuse, certaines acceptant de partir systématiquement en tête quand d’autres étaient trop stressées (celle-ci est pour toi, Odile).

Comment conclue-t-on une sortie aussi sensationnelle ? Par une bonne journée de couenne au Serpaton, un spot magnifique avec une vue imprenable sur les massifs environnants. Retour aux voitures, dernière vision du mont Aiguille, au loin. On y retourne quand ?
Mathilde, Odile et Jeanne





