Portraits 150 ans du CAF Chambéry Suite
Philippe LARIVE, préparer le terrain pour les plus jeunes
Philippe Larive ne boude pas son plaisir en regardant le groupe d’adolescents manier leurs piolets dans la cascade de glace au-dessus de Bonneval-sur-Arc. « De les voir s’amuser autant est la plus belle récompense. » De quoi oublier les heures passées dans l’ombre tandis que le soleil illumine le versant opposé. Pendant quatre jours, il a équipé les voies du Grand parcours (1).
Philippe Larive a connu le creux de la vague il y a une quinzaine d’années, quand l’alpinisme ne faisait plus rêver. Les grandes stars avaient vieilli, les jeunes se tournaient vers d’autres sensations plus immédiates. Pour ce pilier du CAF de Chambéry, c’était le temps du doute. Comment transmettre ce que ses prédécesseurs avaient légué ?
« Nous étions peut-être un peu trop rigides. Aujourd’hui, je suis rassuré. On voit de plus en plus de jeunes continuer après être passés par l’école d’aventure. Il y a une relève. Je peux partir à la retraite tranquille ! En tant que formateurs, notre intérêt est de transmettre. Là on se dit que l’on a servi à quelque chose. »
Même fierté un mois plus tôt où il était accueilli par une ovation lors de la soirée festive du Grand parcours de ski de randonnée à Arêches-Beaufort. Philippe était à pied d’œuvre depuis une semaine pour mettre en place les itinéraires hors-piste et sur arêtes où plus de 300 participants allaient évoluer pendant le week-end. Un travail en coulisses. Rien ne doit être laissé au hasard, tant pour la sécurité que pour la pédagogie de l’exercice.
La semaine suivante, il se retrouvait au pied du mur à Champagny-en-Vanoise pour préparer la coupe du monde d’escalade sur glace. « Quand je rentre chez moi en ce moment, c’est pour faire une lessive et récupérer le linge lavé avant de partir ! »
Confidences le sourire aux lèvres. « Je suis à un âge où je ne ferai plus ce que j’ai déjà fait. Mais je ne ressens aucune frustration. Au contraire, mon plaisir maintenant est de préparer le terrain pour que d’autres découvrent ce que la montagne peut apporter. Quand j’avais 18 ans, je rêvais d’être éclaireur chez les chasseurs alpins. Comme j’étais asthmatique, j’ai été réformé. Alors je réalise ce rêve de jeunesse autrement. »
Aucun regret. « Grâce à mon asthme, j’ai attrapé un virus : celui de la montagne. Je n’ai pas perdu au change. » L’ado a une révélation quand il débarque en cure dans les Pyrénées. Le Béarn est son Everest. Et il va brûler les étapes, jusqu’à passer son brevet d’initiateur en alpinisme en 1982. Le Graal pour l’enfant des Yvelines. Vingt ans plus tard, il entre au CAF de Chambéry. « Je voyais ce club avec appréhension. Une sorte de mastodonte, de rouleau compresseur. J’ai repris l’alpinisme en douceur puis j’ai eu envie de m’investir davantage : au comité directeur, dans la formation, le développement du site internet…J’ai eu la chance de vivre le grand changement, quand le premier jeune président -David Lemarié- est arrivé. 24 ans : on n’avait jamais vu ça ! Cet élan s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui (2). »
A 67 ans, Philippe a toujours autant la bougeotte. La lessive est à peine terminée que le pilier du comité départemental file vers Guillestre pour encadrer la formation de futurs initiateurs.
(1) Le Grand Parcours est un rassemblement organisé par le comité départemental du CAF, destiné à faire découvrir une activité ou de perfectionner sa technique en ski de randonnée, alpinisme, cascade de glace, high line, escalade…
(2) Benoît Plessis a pris la présidence du CAF à 32 ans en 2018.
PHILIPPE LARIVE est formateur en alpinisme et membre du comité directeur. « Je suis à un âge où je ne ferai plus ce que j’ai déjà fait. Mais je ne ressens aucune frustration. Au contraire, mon plaisir maintenant est de préparer le terrain pour que d’autres découvrent ce que la montagne peut apporter. »
Corinne Perrot, une maîtresse éco-responsable
Une ancienne grange rénovée à l’écart de Yenne. Un drapeau à prières qui s’agite au vent. La forêt juste derrière et la chaîne de l’Epine en face, tandis que Balto, le chien husky, fait du charme pour entrer se coucher près du poêle à bois qui ronronne. Corinne et David Perrot voulaient quitter la région parisienne, leur rêve est exaucé depuis 18 ans. Pour être au plus près de la nature.
Rien d’étonnant que Corinne ait accepté d’animer la commission environnement quand le CAF a décidé de la relancer. « Je ne suis pas une militante écolo, plutôt une amoureuse de la montagne que j’ai envie de préserver. Et ça me fait plaisir d’être entourée de jeunes qui ont plein d’idées et de projets sur la question : la biodiversité, la mobilité douce, la sur-fréquentation à éviter, la gestion durable du matériel…C’est d’autant plus important que l’après-Covid a incité beaucoup plus de monde à fréquenter la en montagne sans toujours avoir conscience qu’il s’agit d’un milieu fragile. Sans parler des réseaux sociaux qui poussent les gens à se précipiter au même endroit sans en mesurer les conséquences. Nous avons une mission de sensibilisation. »
Pour Corinne, l’éducation à l’environnement commence dès le plus jeune âge. Et ça tombe bien, elle est institutrice. « J’aime mieux dire « maîtresse ». Et c’est comme ça que les enfants m’appellent. » Des écoliers qui se souviendront sûrement plus tard de leurs deux jours passés cette année à ausculter le glacier de l’Etendard, avec une nuit en refuge. Devenus adultes, ils pourront comparer avec ce qu’ils avaient observé en 2024. Pour Corinne, l’enseignement et l’engagement dans la vie associative sont indissociables. « La transmission, c’est dans mes gênes, » insiste l’enseignante qui fait partager également à ses élèves l’expérience menée par l’association Tarentaise-Népal. « Nous échangeons avec les écoliers d’un village qui leur font découvrir leur vie quotidienne dans cette vallée. »
C’est tout ? Ce serait mal connaître Corinne Perrot, qui s’occupe également du Sherpa trail chaque automne pour récolter des fonds destinés à ce village. Sans oublier son engagement dans le comité directeur et l’organisation des manifestations pour les 150 ans du CAF.
« Mais tu ne t’arrêtes jamais ? » s’inquiète parfois son mari qui, heureusement, partage la même passion de la montagne.
CORINNE PERROT anime la commission environnement. «L’après-Covid a vu plus de monde aller en montagne sans toujours avoir conscience qu’il s’agit d’un milieu fragile. Sans parler des réseaux sociaux qui poussent les gens à se précipiter au même endroit sans en mesurer les conséquences. Nous avons une mission de sensibilisation. »
L’école d’aventure remonte à la source
«Nous allons être tous ensemble pendant plus d’une semaine, à découvrir des paysages inconnus. C’est génial ». Adèle est depuis trois ans à l’école d’aventure du CAF de Chambéry, mais cette année 2024 était la plus attendue (1). Elle fait partie des 12 jeunes qui participeront au raid glaciaire ce printemps. Ce sera l’aboutissement du projet baptisé « Au fil des états de l’eau », l’un des temps forts prévus pour marquer les 150 ans du club chambérien. Il vise à développer une pratique responsable des sports de montagne. Les jeunes ont eu une préparation de plusieurs mois en ski de randonnée, cascade de glace, alpinisme ou encore spéléologie. Un projet sportif mais aussi pédagogique et écologique pour mieux comprendre comment le changement climatique menace le fragile équilibre de la montagne.
Les Alpes, un château d’eau inépuisable ? L’image appartient au passé, comme ont pu le vérifier les jeunes qui ont rencontré hydrologues, glaciologues, guides de haute montagne ou encore prévisionnistes météo au cours de leurs sorties sur le terrain. Car ce périple en Suisse suit une longue préparation destinée à mieux comprendre les bouleversements en cours et à venir. D’où l’importance de leur démarche éco-responsable. Les jeunes et leurs encadrants partiront en train de Chambéry et ne chausseront leurs skis qu’au terme d’un voyage utilisant les transports en commun.
Une aventure humaine aussi. Nadine Buès, une des responsables et encadrantes du projet, a pu mesurer l’évolution du groupe depuis le début. « Il y a encore trois ans, il était très difficile de convaincre les filles de se lancer. Elles ne se sentaient pas légitimes. Elles ont peu à peu pris confiance et elles se sentent maintenant aussi l’aise que les garçons. » Il suffisait de monter début janvier au pied des cascades de glace de Bonneval-sur-Arc pour s’en convaincre. Même excitation avant de monter à l’assaut de la voie, même complicité au retour à échanger les sensations éprouvées au retour.
Sébastien Brackman, qui les encadre ce jour-là avec Jérôme Dupraz, se réjouit de voir les jeunes aussi actifs dans l’organisation. « Ils cherchent à récolter des fonds, s’occupent de la communication. On sent que ça leur tient à cœur et que cela contribue à la cohésion du groupe. » Pour Madeleine, Enak et Emerick, chaque sortie est l’occasion de faire vivre le compte Instagram du groupe tout en faisant le plein d’images pour le film à venir (2).
Jérôme Dupraz a aussi conscience de vivre une aventure particulière au contact des jeunes. « A chaque nouvelle activité, on les sent partants. On n’a pas encore trouvé ce qu’ils n’aiment pas ! Et ils prennent à cœur de s’entraider selon leurs expériences respectives. Ils se passent le témoin. »
Aujourd’hui, Eliott se dit rassuré sur sa capacité à mener l’expérience jusqu’au bout. « Au début de l’année, ça me faisait un peu peur, maintenant je sens que je pourrai le faire. »
(1) L’école d’aventure de Chambéry est la première labellisée par la FFCAM (Fédération française des clubs alpins et de montagne). Elle compte 8 filles et 10 garçons de 12 à 17 ans. Le groupe féminin a reçu le Trophée de l’action citoyenne de la ville de Chambéry en 2022»
(2) -la page de la FFCAM sur l'évènement https://www.ffcam.fr/aventure-givree-2024-les-jeunes-ont-brise-la-glace.html
- la vidéo réalisée par les jeunes pour remporter le défi https://www.youtube.com/watch?v=nxl_z5K60jY
L’ECOLE D’AVENTURE regroupe 8 filles et 10 garçons de 12 à 17 ans. Ils découvrent le ski de randonnée et préparent un raid glaciaire qui sera l’un des temps forts de l’anniversaire du CAF de Chambéry.
Franck BUISSON, 40 ans sous la Dent Parrachée
Difficile de faire mieux pour le décor. A 2520 mètres d’altitude, le refuge de la Dent Parrachée nous offre l’un des plus beaux panoramas de la Vanoise (1). Il y a quelque chose d’himalayen dans ces crêtes effilées, nappées de crème fouettée. Elles se dressent au-dessus du velux, splendides et menaçantes à la fois.
Le décor, Franck Buisson n’y est pour rien. Il a juste eu la bonne idée de naître dans le coin et d’apprendre à regarder vers le haut. Première saison de gardien à 18 ans. « On vivait dans 39 mètres carrés. Je dormais sur la table quand tout le monde était couché, en permutant avec mon pote. Depuis, je l’ai rénové et agrandi comme tu le vois maintenant. Je voulais qu’il y ait un carré où tout le monde parle à tout le monde, les alpinistes et les simples randonneurs venus pour la première fois. Et ça marche. »
Avec l’altitude, les différences sociales s’estompent. Personne ne connaît l’un de ses clients fidèles, septième fortune mondiale, propriétaire à Courchevel. « Une fois, je lui ai demandé ce qu’il venait faire ici, avec tout l’argent qu’il a. Il m’a répondu : « ici, personne ne me demande qui je suis ni ce que je fais. » Franck aime aussi raconter l’histoire de Mireille, riche veuve habituée de Val d’Isère. «Son plaisir, c’est de faire déposer une bouteille de grand porto que je garde pour son passage. Puis elle arrive avec des petits verres dans son sac à dos et me demande d’offrir une tournée générale quand elle voit qu’il y a du monde. »
Du monde ? On se demande ce que cela veut dire dans la bouche de Franck Buisson. En mai, il fêtera ses 40 ans de gardien dans le même refuge. Un record. Il table sur plus de 250 personnes pour fêter l’événement. En attendant, les randonneurs défilent dès que les conditions s’y prêtent. Comme ce jeudi 7 mars où ils découvrent une grande tablée réunie sur la terrasse baignée de soleil. Deux gardiens de refuge qui n’ont pas encore ouvert, un sauveteur et un pilote du PGHM, un ami caviste, un autre monté fêter son anniversaire…Franck savoure son plaisir autant que la viande en sauce et le gratin dauphinois arrosés de bonnes bouteilles.
« Un bon gardien de refuge, c’est d’abord quelqu’un qui aime les gens »
En fait, qu’est-ce qu’un gardien de refuge ? « C’est d’abord quelqu’un qui aime les gens », résume Franck, en passant sous silence ses multiples casquettes : gestionnaire, bricoleur, cuisinier, hôtelier, animateur, vigie, conseiller des guides qui préparent le soir la course du lendemain. « Personne ne connaît notre job. Il fait rêver, mais la nouvelle génération a du mal à en accepter toutes les contraintes. C’est du 16 heures par jour 7 jours sur 7. J’ai beau avoir un des meilleurs taux de remplissage, ça ne fait pas cher de l’heure. Quand tu te lèves à 3heures et demie pour le petit-déjeuner des alpinistes, tu sais que ça leur fait du bien de voir quelqu’un avant de partir pour leur course. »
A la Dent Parrachée, pas de message grincheux pour nous intimer l’ordre de poser ses chaussures, fermer la porte ou le robinet, cesser le bruit après 21h30, descendre ses ordures… « Les gens se respectent, se sentent ici comme en famille. » Le décor en prime.
(1) La Dent Parrachée est accessible depuis Aussois, en Haute-Maurienne. Il est l’un des six refuges gérés par le CAF de Chambéry, avec ceux du Fond d’Aussois, de l’Etendard, des Aiguilles d’Arves, du Mont-Pourri et de Presset (rens : www.cafchambery.com).
Franck BUISSON est gardien du refuge de la Dent Parrachée depuis 40 ans. Un record. « Je l’ai rénové et agrandi comme tu le vois maintenant. Je voulais qu’il y ait un carré où tout le monde parle à tout le monde, les alpinistes et les simples randonneurs venus pour la première fois. Et ça marche. »
Les « Zwhenos» donnent un souffle de jeunesse au club centenaire
Vous pouvez répéter ? Oui, j’ai bien dit « zwhenos ». Mais encore ? Une invention typiquement chambérienne, qui a connu un tel succès que nombre de sections du CAF ont copié la recette. D’abord, il y a la légende. Le mot viendrait du patois savoyard -j’véno ou j’ouéno- légèrement déformé par une soirée arrosée. Seule certitude : ils sont chaque année plus nombreux à se retrouver et échanger activement via la communauté Whatsapp qui sert de trait d’union entre les membres de cette commission.
Ils sont plus de 250 âgés de 18 à 35 ans (et plus !) à suivre et/ou participer aux week-ends en montagne, apéros, sorties raquettes et tartiflette, soirées pour se sculpter des cuisses d’acier, farter ses skis ou apprendre à préparer soi-même des barres énergétiques. On vient autant chez les « zwhenos » pour l’ambiance que pour pratiquer tel ou tel sport », constatent Pierre Marionnet, Margaux Paillart et Emilie Glasson, les responsables de la commission.
Plus de 90 participants au dernier « Baracaf » dans un bar chambérien. Il y a encore deux ans, ils étaient une vingtaine à se retrouver pour faire connaissance et préparer des sorties. Ce format informel répond à un fort besoin de se voir et de discuter. Ce partage et cette convivialité retrouvés après les confinements post Covid permettent de transmettre l’esprit et les valeurs du CAF.
Une belle dynamique à vivre des aventures collectives
C’est aussi ce qui a poussé Claire à rejoindre les « zwhenos», comme elle l’écrit dans un article récent sur le site du CAF : « Est-ce que vous avez déjà imaginé aller passer un week-end en montagne en présence de 20 inconnus ? Quand j'ai raconté ça à ma mère, j'ai eu du mal à savoir si elle me trouvait courageuse ou complètement folle. Alors ok, au Caf ça peut sembler plutôt normal, mais pour le reste du monde, ça n'est pas si courant. »
Pour les responsables de la commission, cette énergie est positive pour tout le monde. Elle aussi un moyen de faire participer les jeunes adhérents à la vie de l’association et de s’impliquer d’une façon ou d’une autre dans son développement (encadrement d’activité sportive, aide à l’informatique…).
Les « Zwhénos » apportent un souffle de jeunesse au club centenaire et donnent des idées aux adhérents plus âgés. Tels les «Zwh’aînés», comme ils se sont baptisés lors de leur dernier week-end de ski de randonnée en Maurienne !
LES ZWHENOS sont une invention chambérienne, née de l’envie de pratiquer des activités à la fois ludiques et variées entre jeunes. Et ça marche ! Ils sont plus 250 âgés de 18 à 35 ans (et plus !) à suivre et/ou participer aux bivouacs, week-end en montagne, « Baracaf », préparation physique et sorties en montagne.
LE MOT DU PRESIDENT
La transmission et la passion en héritage…
Depuis 150 ans, la section de Savoie du Club alpin français, devenue Club alpin français de Chambéry, est l’un des acteurs majeurs de la scène montagne chambérienneDe ses débuts à aujourd’hui, les activités proposées, se sont multipliées illustrant son adaptation constante aux évolutions sociétales et à l’essor de nouvelles pratiques ou manières de vivre la montagne. De la cooptation, à l’inclusion, le Club alpin de Chambéry s’est mué d’un simple club de pratiquants, en un acteur de transmission, de formation et de protection des espaces montagnards.Le Club alpin de Chambéry ? c’est avant toute chose une histoire de femmes et d’hommes. Par le biais de cette exposition, nous avons souhaité à l’occasion des 150 ans du Club vous faire découvrir toute la richesse de ces personnes qui font le CAF de Chambéry depuis de nombreuses années ou plus récemment. En tant que passionnés de montagne, ce sont des passeurs entre les générations qui nous ont précédés et celles à venir, pour que dans 150 ans, nos successeurs puissent eux aussi retracer l’histoire de leur Club.Cette histoire, c’est celle de passionnés de nos montagnes et qui, chaque jour au quotidien, transmettent à tout un chacun, des valeurs de dépassement, de partage, de protection qui sont l’ADN de notre association et font vivre cet esprit Club alpin.
BENOIT PLESSIS
HISTOIRE
Quand on se cooptait entre gens du même monde
Le 12 novembre 1874, Chambéry entre à son tour dans la grande famille du CAF. Un club très sélect qui vise à « promouvoir la richesse de notre territoire et à développer son offre touristique »
« Nous sommes vingt-deux... Il y a parmi nous deux étrangers, un Anglais et un Italien, parlant merveilleusement notre langue et aimant passionnément notre pays. » Objectif : le Mont Joigny. Altitude : 1556 mètres. Sous la plume de François Descotes, avocat à la cour d’Appel de Chambéry et secrétaire de la toute jeune sous-section locale, l’ascension de ce sommet de Chartreuse mérite bien 23 pages. « Il y a des magistrats éminents, de savants ingénieurs, des avocats loquaces — au moins dans la plaine, — des rentiers, des banquiers, de brillants officiers, des archéologues, des clercs de notaire, des hommes mûrs et des jeunes gens... »
Ce récit, aussi lyrique que détaillé, a fait le bonheur de Tristan Surgand quand il préparait son mémoire de master sur l’histoire du CAF chambérien (1). « J’ai eu la chance de tomber sur des archives passionnantes pour comprendre l’ambiance et l’état d’esprit de cette époque. » Le Mont Joigny est une des premières excursions -on ne parle pas encore de randonnée- organisées par la sous-section chambérienne, créée le 12 novembre 1874 (1). Quelques mois seulement après Paris.
« La Savoie n’était française que depuis 14 ans, mais elle comptait déjà une Société des touristes savoyards, un des premiers clubs d’Europe tournés vers la montagne. Une partie de ses membres allaient se retrouver dans le Club alpin», rappelle l’historien et adhérent du CAF de Chambéry. Il s’est livré à une étude sociologique de ce cercle très sélect, où se côtoyaient notaires, magistrats et avocats, marquis, médecins et rentiers, membres de sociétés savantes et députés.
«On cultive alors l’entre-soi. C’est avant tout un club de notables qui cherchent à attirer des personnalités du même milieu social aussi bien Savoyards qu’Italiens originaires de Chambéry. Pour y entrer, il faut alors être parrainé par deux membres du CAF. Le vote se fait à scrutin secret. »
Tout ce beau monde se retrouve à l’Hôtel de l’Europe ou dans le salon de l’industriel Jean Martin-Franklin, alors président de la sous-section chambérienne. L’occasion d’organiser les excursions et de contribuer à mettre en valeur les atouts de notre région.
« La section de Savoie et donc, par extension, ses sous-sections, se donnent pour but de promouvoir la richesse de son territoire et développer son offre touristique, en construisant hôtels et chalets mais aussi en proposant des moyens de transport sur les sites d’excursions », stipule le règlement du club. L’aménagement du sentier menant depuis Chambéry au Mont-Joigny sera l’une des priorités du groupe chambérien. On est encore très loin d’un club d’alpinistes chevronnés.
Une première hivernale pour Miss Straton
Pourtant, le CAF chambérien s’illustre peu de temps après d’une manière inattendue. La riche héritière anglaise Isabella Straton réussit la première hivernale du Mont-Blanc le 31 janvier 1876 avec son guide Jean Charlet. « Honneur à votre indomptable courage, gloire à votre succès ! » s’enflamme le maire de Chamonix à son retour. Le récit de son exploit est vite relayé en Savoie comme le rappelle Tristan Surgand. « Miss Straton ne pouvait pas faire partie de l’Alpine club, qui n’acceptait pas les femmes, mais elle a adhéré au club chambérien. » Une exception dans cette institution qui restera longtemps très masculine. « Entre 1876 et 1883, elle ne comptera que quatre femmes, dont Miss Straton. Et il s’agit souvent des épouses de notables qui ont adhéré au club alpin. »
Cent-cinquante ans plus tard, la parité n’est pas encore atteinte, mais le club chambérien ne cesse de voir le nombre d’adhérentes progresser. Elles étaient l’an dernier 942 pour 1278 hommes.
(1) Mémoire d’histoire soutenu à l’Université de Savoie en 2022 sous la direction de Corinne Bonnafoux.
(2) La sous-section de Chambéry fait alors partie de la section de Savoie, comme celles d’Aix-les-Bains, Annecy et Rumilly.
L’historien Tristan Surgand a consacré son mémoire de master à la naissance du CAF de Chambéry, dont il est adhérent.
D’un président à l’autre
Bonne surprise vendredi dernier de rencontrer Charles Cabaud venu découvrir l’exposition « Cœurs de cafistes » installée devant la gare de Chambéry. « J’ai été président pendant plusieurs mandats dans les années 60 et ça me fait plaisir de voir comme il s’est développé. Nous n’étions que quelques centaines. J’ai de très bons souvenirs des rallyes de ski-alpinisme avec nos amis du CAI, le club alpin italien. Bien sûr, il y avait beaucoup moins d’activités qu’aujourd’hui et je suis ravi de voir qu’il est aussi dynamique », nous a confié Charles Cabaud devant la photo de Benoît Plessis, président actuel.

L’exposition est installée pendant deux mois devant la gare de Chambéry et tous les portraits sont en ligne sur www.cafchambery.com
Philippe Larive ne boude pas son plaisir en regardant le groupe d’adolescents manier leurs piolets dans la cascade de glace au-dessus de Bonneval-sur-Arc. « De les voir s’amuser autant est la plus belle récompense. » De quoi oublier les heures passées dans l’ombre tandis que le soleil illumine le versant opposé. Pendant quatre jours, il a équipé les voies du Grand parcours (1).
Philippe Larive a connu le creux de la vague il y a une quinzaine d’années, quand l’alpinisme ne faisait plus rêver. Les grandes stars avaient vieilli, les jeunes se tournaient vers d’autres sensations plus immédiates. Pour ce pilier du CAF de Chambéry, c’était le temps du doute. Comment transmettre ce que ses prédécesseurs avaient légué ?
« Nous étions peut-être un peu trop rigides. Aujourd’hui, je suis rassuré. On voit de plus en plus de jeunes continuer après être passés par l’école d’aventure. Il y a une relève. Je peux partir à la retraite tranquille ! En tant que formateurs, notre intérêt est de transmettre. Là on se dit que l’on a servi à quelque chose. »
Même fierté un mois plus tôt où il était accueilli par une ovation lors de la soirée festive du Grand parcours de ski de randonnée à Arêches-Beaufort. Philippe était à pied d’œuvre depuis une semaine pour mettre en place les itinéraires hors-piste et sur arêtes où plus de 300 participants allaient évoluer pendant le week-end. Un travail en coulisses. Rien ne doit être laissé au hasard, tant pour la sécurité que pour la pédagogie de l’exercice.
La semaine suivante, il se retrouvait au pied du mur à Champagny-en-Vanoise pour préparer la coupe du monde d’escalade sur glace. « Quand je rentre chez moi en ce moment, c’est pour faire une lessive et récupérer le linge lavé avant de partir ! »
Confidences le sourire aux lèvres. « Je suis à un âge où je ne ferai plus ce que j’ai déjà fait. Mais je ne ressens aucune frustration. Au contraire, mon plaisir maintenant est de préparer le terrain pour que d’autres découvrent ce que la montagne peut apporter. Quand j’avais 18 ans, je rêvais d’être éclaireur chez les chasseurs alpins. Comme j’étais asthmatique, j’ai été réformé. Alors je réalise ce rêve de jeunesse autrement. »
Aucun regret. « Grâce à mon asthme, j’ai attrapé un virus : celui de la montagne. Je n’ai pas perdu au change. » L’ado a une révélation quand il débarque en cure dans les Pyrénées. Le Béarn est son Everest. Et il va brûler les étapes, jusqu’à passer son brevet d’initiateur en alpinisme en 1982. Le Graal pour l’enfant des Yvelines. Vingt ans plus tard, il entre au CAF de Chambéry. « Je voyais ce club avec appréhension. Une sorte de mastodonte, de rouleau compresseur. J’ai repris l’alpinisme en douceur puis j’ai eu envie de m’investir davantage : au comité directeur, dans la formation, le développement du site internet…J’ai eu la chance de vivre le grand changement, quand le premier jeune président -David Lemarié- est arrivé. 24 ans : on n’avait jamais vu ça ! Cet élan s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui (2). »
A 67 ans, Philippe a toujours autant la bougeotte. La lessive est à peine terminée que le pilier du comité départemental file vers Guillestre pour encadrer la formation de futurs initiateurs.
(1) Le Grand Parcours est un rassemblement organisé par le comité départemental du CAF, destiné à faire découvrir une activité ou de perfectionner sa technique en ski de randonnée, alpinisme, cascade de glace, high line, escalade…
(2) Benoît Plessis a pris la présidence du CAF à 32 ans en 2018.

PHILIPPE LARIVE est formateur en alpinisme et membre du comité directeur. « Je suis à un âge où je ne ferai plus ce que j’ai déjà fait. Mais je ne ressens aucune frustration. Au contraire, mon plaisir maintenant est de préparer le terrain pour que d’autres découvrent ce que la montagne peut apporter. »
Corinne Perrot, une maîtresse éco-responsable
Une ancienne grange rénovée à l’écart de Yenne. Un drapeau à prières qui s’agite au vent. La forêt juste derrière et la chaîne de l’Epine en face, tandis que Balto, le chien husky, fait du charme pour entrer se coucher près du poêle à bois qui ronronne. Corinne et David Perrot voulaient quitter la région parisienne, leur rêve est exaucé depuis 18 ans. Pour être au plus près de la nature.
Rien d’étonnant que Corinne ait accepté d’animer la commission environnement quand le CAF a décidé de la relancer. « Je ne suis pas une militante écolo, plutôt une amoureuse de la montagne que j’ai envie de préserver. Et ça me fait plaisir d’être entourée de jeunes qui ont plein d’idées et de projets sur la question : la biodiversité, la mobilité douce, la sur-fréquentation à éviter, la gestion durable du matériel…C’est d’autant plus important que l’après-Covid a incité beaucoup plus de monde à fréquenter la en montagne sans toujours avoir conscience qu’il s’agit d’un milieu fragile. Sans parler des réseaux sociaux qui poussent les gens à se précipiter au même endroit sans en mesurer les conséquences. Nous avons une mission de sensibilisation. »
Pour Corinne, l’éducation à l’environnement commence dès le plus jeune âge. Et ça tombe bien, elle est institutrice. « J’aime mieux dire « maîtresse ». Et c’est comme ça que les enfants m’appellent. » Des écoliers qui se souviendront sûrement plus tard de leurs deux jours passés cette année à ausculter le glacier de l’Etendard, avec une nuit en refuge. Devenus adultes, ils pourront comparer avec ce qu’ils avaient observé en 2024. Pour Corinne, l’enseignement et l’engagement dans la vie associative sont indissociables. « La transmission, c’est dans mes gênes, » insiste l’enseignante qui fait partager également à ses élèves l’expérience menée par l’association Tarentaise-Népal. « Nous échangeons avec les écoliers d’un village qui leur font découvrir leur vie quotidienne dans cette vallée. »
C’est tout ? Ce serait mal connaître Corinne Perrot, qui s’occupe également du Sherpa trail chaque automne pour récolter des fonds destinés à ce village. Sans oublier son engagement dans le comité directeur et l’organisation des manifestations pour les 150 ans du CAF.
« Mais tu ne t’arrêtes jamais ? » s’inquiète parfois son mari qui, heureusement, partage la même passion de la montagne.

CORINNE PERROT anime la commission environnement. «L’après-Covid a vu plus de monde aller en montagne sans toujours avoir conscience qu’il s’agit d’un milieu fragile. Sans parler des réseaux sociaux qui poussent les gens à se précipiter au même endroit sans en mesurer les conséquences. Nous avons une mission de sensibilisation. »
L’école d’aventure remonte à la source
«Nous allons être tous ensemble pendant plus d’une semaine, à découvrir des paysages inconnus. C’est génial ». Adèle est depuis trois ans à l’école d’aventure du CAF de Chambéry, mais cette année 2024 était la plus attendue (1). Elle fait partie des 12 jeunes qui participeront au raid glaciaire ce printemps. Ce sera l’aboutissement du projet baptisé « Au fil des états de l’eau », l’un des temps forts prévus pour marquer les 150 ans du club chambérien. Il vise à développer une pratique responsable des sports de montagne. Les jeunes ont eu une préparation de plusieurs mois en ski de randonnée, cascade de glace, alpinisme ou encore spéléologie. Un projet sportif mais aussi pédagogique et écologique pour mieux comprendre comment le changement climatique menace le fragile équilibre de la montagne.
Les Alpes, un château d’eau inépuisable ? L’image appartient au passé, comme ont pu le vérifier les jeunes qui ont rencontré hydrologues, glaciologues, guides de haute montagne ou encore prévisionnistes météo au cours de leurs sorties sur le terrain. Car ce périple en Suisse suit une longue préparation destinée à mieux comprendre les bouleversements en cours et à venir. D’où l’importance de leur démarche éco-responsable. Les jeunes et leurs encadrants partiront en train de Chambéry et ne chausseront leurs skis qu’au terme d’un voyage utilisant les transports en commun.
Une aventure humaine aussi. Nadine Buès, une des responsables et encadrantes du projet, a pu mesurer l’évolution du groupe depuis le début. « Il y a encore trois ans, il était très difficile de convaincre les filles de se lancer. Elles ne se sentaient pas légitimes. Elles ont peu à peu pris confiance et elles se sentent maintenant aussi l’aise que les garçons. » Il suffisait de monter début janvier au pied des cascades de glace de Bonneval-sur-Arc pour s’en convaincre. Même excitation avant de monter à l’assaut de la voie, même complicité au retour à échanger les sensations éprouvées au retour.
Sébastien Brackman, qui les encadre ce jour-là avec Jérôme Dupraz, se réjouit de voir les jeunes aussi actifs dans l’organisation. « Ils cherchent à récolter des fonds, s’occupent de la communication. On sent que ça leur tient à cœur et que cela contribue à la cohésion du groupe. » Pour Madeleine, Enak et Emerick, chaque sortie est l’occasion de faire vivre le compte Instagram du groupe tout en faisant le plein d’images pour le film à venir (2).
Jérôme Dupraz a aussi conscience de vivre une aventure particulière au contact des jeunes. « A chaque nouvelle activité, on les sent partants. On n’a pas encore trouvé ce qu’ils n’aiment pas ! Et ils prennent à cœur de s’entraider selon leurs expériences respectives. Ils se passent le témoin. »
Aujourd’hui, Eliott se dit rassuré sur sa capacité à mener l’expérience jusqu’au bout. « Au début de l’année, ça me faisait un peu peur, maintenant je sens que je pourrai le faire. »
(1) L’école d’aventure de Chambéry est la première labellisée par la FFCAM (Fédération française des clubs alpins et de montagne). Elle compte 8 filles et 10 garçons de 12 à 17 ans. Le groupe féminin a reçu le Trophée de l’action citoyenne de la ville de Chambéry en 2022»
(2) -la page de la FFCAM sur l'évènement https://www.ffcam.fr/aventure-givree-2024-les-jeunes-ont-brise-la-glace.html
- la vidéo réalisée par les jeunes pour remporter le défi https://www.youtube.com/watch?v=nxl_z5K60jY

L’ECOLE D’AVENTURE regroupe 8 filles et 10 garçons de 12 à 17 ans. Ils découvrent le ski de randonnée et préparent un raid glaciaire qui sera l’un des temps forts de l’anniversaire du CAF de Chambéry.
Franck BUISSON, 40 ans sous la Dent Parrachée
Difficile de faire mieux pour le décor. A 2520 mètres d’altitude, le refuge de la Dent Parrachée nous offre l’un des plus beaux panoramas de la Vanoise (1). Il y a quelque chose d’himalayen dans ces crêtes effilées, nappées de crème fouettée. Elles se dressent au-dessus du velux, splendides et menaçantes à la fois.
Le décor, Franck Buisson n’y est pour rien. Il a juste eu la bonne idée de naître dans le coin et d’apprendre à regarder vers le haut. Première saison de gardien à 18 ans. « On vivait dans 39 mètres carrés. Je dormais sur la table quand tout le monde était couché, en permutant avec mon pote. Depuis, je l’ai rénové et agrandi comme tu le vois maintenant. Je voulais qu’il y ait un carré où tout le monde parle à tout le monde, les alpinistes et les simples randonneurs venus pour la première fois. Et ça marche. »
Avec l’altitude, les différences sociales s’estompent. Personne ne connaît l’un de ses clients fidèles, septième fortune mondiale, propriétaire à Courchevel. « Une fois, je lui ai demandé ce qu’il venait faire ici, avec tout l’argent qu’il a. Il m’a répondu : « ici, personne ne me demande qui je suis ni ce que je fais. » Franck aime aussi raconter l’histoire de Mireille, riche veuve habituée de Val d’Isère. «Son plaisir, c’est de faire déposer une bouteille de grand porto que je garde pour son passage. Puis elle arrive avec des petits verres dans son sac à dos et me demande d’offrir une tournée générale quand elle voit qu’il y a du monde. »
Du monde ? On se demande ce que cela veut dire dans la bouche de Franck Buisson. En mai, il fêtera ses 40 ans de gardien dans le même refuge. Un record. Il table sur plus de 250 personnes pour fêter l’événement. En attendant, les randonneurs défilent dès que les conditions s’y prêtent. Comme ce jeudi 7 mars où ils découvrent une grande tablée réunie sur la terrasse baignée de soleil. Deux gardiens de refuge qui n’ont pas encore ouvert, un sauveteur et un pilote du PGHM, un ami caviste, un autre monté fêter son anniversaire…Franck savoure son plaisir autant que la viande en sauce et le gratin dauphinois arrosés de bonnes bouteilles.
« Un bon gardien de refuge, c’est d’abord quelqu’un qui aime les gens »
En fait, qu’est-ce qu’un gardien de refuge ? « C’est d’abord quelqu’un qui aime les gens », résume Franck, en passant sous silence ses multiples casquettes : gestionnaire, bricoleur, cuisinier, hôtelier, animateur, vigie, conseiller des guides qui préparent le soir la course du lendemain. « Personne ne connaît notre job. Il fait rêver, mais la nouvelle génération a du mal à en accepter toutes les contraintes. C’est du 16 heures par jour 7 jours sur 7. J’ai beau avoir un des meilleurs taux de remplissage, ça ne fait pas cher de l’heure. Quand tu te lèves à 3heures et demie pour le petit-déjeuner des alpinistes, tu sais que ça leur fait du bien de voir quelqu’un avant de partir pour leur course. »
A la Dent Parrachée, pas de message grincheux pour nous intimer l’ordre de poser ses chaussures, fermer la porte ou le robinet, cesser le bruit après 21h30, descendre ses ordures… « Les gens se respectent, se sentent ici comme en famille. » Le décor en prime.
(1) La Dent Parrachée est accessible depuis Aussois, en Haute-Maurienne. Il est l’un des six refuges gérés par le CAF de Chambéry, avec ceux du Fond d’Aussois, de l’Etendard, des Aiguilles d’Arves, du Mont-Pourri et de Presset (rens : www.cafchambery.com).

Franck BUISSON est gardien du refuge de la Dent Parrachée depuis 40 ans. Un record. « Je l’ai rénové et agrandi comme tu le vois maintenant. Je voulais qu’il y ait un carré où tout le monde parle à tout le monde, les alpinistes et les simples randonneurs venus pour la première fois. Et ça marche. »
Les « Zwhenos» donnent un souffle de jeunesse au club centenaire
Vous pouvez répéter ? Oui, j’ai bien dit « zwhenos ». Mais encore ? Une invention typiquement chambérienne, qui a connu un tel succès que nombre de sections du CAF ont copié la recette. D’abord, il y a la légende. Le mot viendrait du patois savoyard -j’véno ou j’ouéno- légèrement déformé par une soirée arrosée. Seule certitude : ils sont chaque année plus nombreux à se retrouver et échanger activement via la communauté Whatsapp qui sert de trait d’union entre les membres de cette commission.
Ils sont plus de 250 âgés de 18 à 35 ans (et plus !) à suivre et/ou participer aux week-ends en montagne, apéros, sorties raquettes et tartiflette, soirées pour se sculpter des cuisses d’acier, farter ses skis ou apprendre à préparer soi-même des barres énergétiques. On vient autant chez les « zwhenos » pour l’ambiance que pour pratiquer tel ou tel sport », constatent Pierre Marionnet, Margaux Paillart et Emilie Glasson, les responsables de la commission.
Plus de 90 participants au dernier « Baracaf » dans un bar chambérien. Il y a encore deux ans, ils étaient une vingtaine à se retrouver pour faire connaissance et préparer des sorties. Ce format informel répond à un fort besoin de se voir et de discuter. Ce partage et cette convivialité retrouvés après les confinements post Covid permettent de transmettre l’esprit et les valeurs du CAF.
Une belle dynamique à vivre des aventures collectives
C’est aussi ce qui a poussé Claire à rejoindre les « zwhenos», comme elle l’écrit dans un article récent sur le site du CAF : « Est-ce que vous avez déjà imaginé aller passer un week-end en montagne en présence de 20 inconnus ? Quand j'ai raconté ça à ma mère, j'ai eu du mal à savoir si elle me trouvait courageuse ou complètement folle. Alors ok, au Caf ça peut sembler plutôt normal, mais pour le reste du monde, ça n'est pas si courant. »
Pour les responsables de la commission, cette énergie est positive pour tout le monde. Elle aussi un moyen de faire participer les jeunes adhérents à la vie de l’association et de s’impliquer d’une façon ou d’une autre dans son développement (encadrement d’activité sportive, aide à l’informatique…).
Les « Zwhénos » apportent un souffle de jeunesse au club centenaire et donnent des idées aux adhérents plus âgés. Tels les «Zwh’aînés», comme ils se sont baptisés lors de leur dernier week-end de ski de randonnée en Maurienne !

LES ZWHENOS sont une invention chambérienne, née de l’envie de pratiquer des activités à la fois ludiques et variées entre jeunes. Et ça marche ! Ils sont plus 250 âgés de 18 à 35 ans (et plus !) à suivre et/ou participer aux bivouacs, week-end en montagne, « Baracaf », préparation physique et sorties en montagne.
LE MOT DU PRESIDENT
La transmission et la passion en héritage…
Depuis 150 ans, la section de Savoie du Club alpin français, devenue Club alpin français de Chambéry, est l’un des acteurs majeurs de la scène montagne chambérienneDe ses débuts à aujourd’hui, les activités proposées, se sont multipliées illustrant son adaptation constante aux évolutions sociétales et à l’essor de nouvelles pratiques ou manières de vivre la montagne. De la cooptation, à l’inclusion, le Club alpin de Chambéry s’est mué d’un simple club de pratiquants, en un acteur de transmission, de formation et de protection des espaces montagnards.Le Club alpin de Chambéry ? c’est avant toute chose une histoire de femmes et d’hommes. Par le biais de cette exposition, nous avons souhaité à l’occasion des 150 ans du Club vous faire découvrir toute la richesse de ces personnes qui font le CAF de Chambéry depuis de nombreuses années ou plus récemment. En tant que passionnés de montagne, ce sont des passeurs entre les générations qui nous ont précédés et celles à venir, pour que dans 150 ans, nos successeurs puissent eux aussi retracer l’histoire de leur Club.Cette histoire, c’est celle de passionnés de nos montagnes et qui, chaque jour au quotidien, transmettent à tout un chacun, des valeurs de dépassement, de partage, de protection qui sont l’ADN de notre association et font vivre cet esprit Club alpin.

BENOIT PLESSIS
HISTOIRE
Quand on se cooptait entre gens du même monde
Le 12 novembre 1874, Chambéry entre à son tour dans la grande famille du CAF. Un club très sélect qui vise à « promouvoir la richesse de notre territoire et à développer son offre touristique »
« Nous sommes vingt-deux... Il y a parmi nous deux étrangers, un Anglais et un Italien, parlant merveilleusement notre langue et aimant passionnément notre pays. » Objectif : le Mont Joigny. Altitude : 1556 mètres. Sous la plume de François Descotes, avocat à la cour d’Appel de Chambéry et secrétaire de la toute jeune sous-section locale, l’ascension de ce sommet de Chartreuse mérite bien 23 pages. « Il y a des magistrats éminents, de savants ingénieurs, des avocats loquaces — au moins dans la plaine, — des rentiers, des banquiers, de brillants officiers, des archéologues, des clercs de notaire, des hommes mûrs et des jeunes gens... »
Ce récit, aussi lyrique que détaillé, a fait le bonheur de Tristan Surgand quand il préparait son mémoire de master sur l’histoire du CAF chambérien (1). « J’ai eu la chance de tomber sur des archives passionnantes pour comprendre l’ambiance et l’état d’esprit de cette époque. » Le Mont Joigny est une des premières excursions -on ne parle pas encore de randonnée- organisées par la sous-section chambérienne, créée le 12 novembre 1874 (1). Quelques mois seulement après Paris.
« La Savoie n’était française que depuis 14 ans, mais elle comptait déjà une Société des touristes savoyards, un des premiers clubs d’Europe tournés vers la montagne. Une partie de ses membres allaient se retrouver dans le Club alpin», rappelle l’historien et adhérent du CAF de Chambéry. Il s’est livré à une étude sociologique de ce cercle très sélect, où se côtoyaient notaires, magistrats et avocats, marquis, médecins et rentiers, membres de sociétés savantes et députés.
«On cultive alors l’entre-soi. C’est avant tout un club de notables qui cherchent à attirer des personnalités du même milieu social aussi bien Savoyards qu’Italiens originaires de Chambéry. Pour y entrer, il faut alors être parrainé par deux membres du CAF. Le vote se fait à scrutin secret. »
Tout ce beau monde se retrouve à l’Hôtel de l’Europe ou dans le salon de l’industriel Jean Martin-Franklin, alors président de la sous-section chambérienne. L’occasion d’organiser les excursions et de contribuer à mettre en valeur les atouts de notre région.
« La section de Savoie et donc, par extension, ses sous-sections, se donnent pour but de promouvoir la richesse de son territoire et développer son offre touristique, en construisant hôtels et chalets mais aussi en proposant des moyens de transport sur les sites d’excursions », stipule le règlement du club. L’aménagement du sentier menant depuis Chambéry au Mont-Joigny sera l’une des priorités du groupe chambérien. On est encore très loin d’un club d’alpinistes chevronnés.
Une première hivernale pour Miss Straton
Pourtant, le CAF chambérien s’illustre peu de temps après d’une manière inattendue. La riche héritière anglaise Isabella Straton réussit la première hivernale du Mont-Blanc le 31 janvier 1876 avec son guide Jean Charlet. « Honneur à votre indomptable courage, gloire à votre succès ! » s’enflamme le maire de Chamonix à son retour. Le récit de son exploit est vite relayé en Savoie comme le rappelle Tristan Surgand. « Miss Straton ne pouvait pas faire partie de l’Alpine club, qui n’acceptait pas les femmes, mais elle a adhéré au club chambérien. » Une exception dans cette institution qui restera longtemps très masculine. « Entre 1876 et 1883, elle ne comptera que quatre femmes, dont Miss Straton. Et il s’agit souvent des épouses de notables qui ont adhéré au club alpin. »
Cent-cinquante ans plus tard, la parité n’est pas encore atteinte, mais le club chambérien ne cesse de voir le nombre d’adhérentes progresser. Elles étaient l’an dernier 942 pour 1278 hommes.
(1) Mémoire d’histoire soutenu à l’Université de Savoie en 2022 sous la direction de Corinne Bonnafoux.
(2) La sous-section de Chambéry fait alors partie de la section de Savoie, comme celles d’Aix-les-Bains, Annecy et Rumilly.

L’historien Tristan Surgand a consacré son mémoire de master à la naissance du CAF de Chambéry, dont il est adhérent.
D’un président à l’autre
Bonne surprise vendredi dernier de rencontrer Charles Cabaud venu découvrir l’exposition « Cœurs de cafistes » installée devant la gare de Chambéry. « J’ai été président pendant plusieurs mandats dans les années 60 et ça me fait plaisir de voir comme il s’est développé. Nous n’étions que quelques centaines. J’ai de très bons souvenirs des rallyes de ski-alpinisme avec nos amis du CAI, le club alpin italien. Bien sûr, il y avait beaucoup moins d’activités qu’aujourd’hui et je suis ravi de voir qu’il est aussi dynamique », nous a confié Charles Cabaud devant la photo de Benoît Plessis, président actuel.

L’exposition est installée pendant deux mois devant la gare de Chambéry et tous les portraits sont en ligne sur www.cafchambery.com
Le Club Alpin Français de Chambéry est une association (type loi 1901) créée en 1874.
Plus de 2000 membres constituent notre club administré par 200 bénévoles.
Nos objectifs :
- faire découvrir, aimer et protéger la montagne.
- rendre accessible la montagne à tous.
- rendre autonome en toute sécurité.
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Club affilié à la FFCAM, Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne et à la FFH, Fédération Handisport. La section compétition est également affiliée FFME.
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