Ma grand-mère disait souvent que la beauté sauverait le monde. Ma grand-mère, elle était capable de planter une fleur au bord d'un chemin au milieu de nulle part, juste parce qu'elle trouvait que ça rendait le coin plus beau. Je ne sais pas si elle m'a transmis son goût du beau, mais je suis capable de retourner sans m'en lasser aux mêmes endroits, si je les trouve beaux.
Le trou de la Mouche en fait partie. Comme quoi, des fois, le choix d'une sortie ...
En ces temps de carte postale anticyclonique, il y a peu de suspens quant aux conditions nivo et météo. Le ciel sera invariablement bleu, le risque avalanche aux abonnés absents, la neige agréable à skier dans les frigos des Aravis. Une poignée de cafistes lundisards a répondu présent à cette promesse de beauté mouchetée.
C'est parti. Du cœur des Confins, enfin si l'on peut dire, on s'immerge dès les premières conversions dans l'immensité de la combe de Bella Cha. C'est sauvage, ça met en conditions, le voyage démarre. A qui tchatche, à qui survole avec une aisance déconcertante la raideur de la pente, à qui scrute les falaises sculptées dans l'espoir d'une nouvelle arche. Tête Pelouse ouvre un panorama de superlatifs. On a la taille de ce qu'on voit, disait ma grand-mère. Là on se sent immense dans l'immensité.
Et puis, le Trou de la Mouche se montre, là-bas, de l'autre côté de la combe du Grand Crêt. Petite vigilance pour les premiers virages dans la face nord bien durcie mais avec un bon grip, et on lâche l'écheveau, on déroule le fil des arabesques. Les cuissots font parler la poudre pourtant rare, les courbes ne sont pas de cinéma mais le plaisir si.
Fin du premier run, ça repeaute et ça repart. Ça se raidit, ça met les couteaux. Ça débouche en plein cagnard, ça se crème et ça transpire. Ça se raidit encore, ça met les skis sur le dos. D'un coup IL est là, l'attendu, le promis, le trou de la Mouche. Ça fait waouh, ça prend de la photo, ça s'extasie sur le bonheur d'être heureux, en pleine contentesse des cîmes.
Casse-croûte, les chocards se pointent. Traditionnel échange de bons procédés à base de plaquettes de chocolat, et c'est reparti mon kiki. Les crampons-piolets sont de sortie le temps d'une arête autant expo qu'effilée, ça met un peu d'adrénaline dans le groupe en pleine digestion. Et c'est feu flamme pour la dernière descente, avec en ligne de mire l'ombre portée du trou de la Mouche qui offre sa beauté à qui ne s'en lasse pas.
Ma grand-mère aurait sûrement aimé en être.
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La pointe Percée à travers le trou de la Mouche
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