La Chartreuse et ses arches naturelles. Certaines sont bien connues des randonneurs locaux, d'autres restent plus confidentielles, d'autres encore restent probablement à découvrir.

Aujourd'hui c'est "en Sure" que nous nous embarquons. L'expression est voironnaise, car depuis des lustres, c'est bien "en Sure" qu'on monte le dimanche pour se détendre d'une semaine de travail.
Cette tradition de montée à pied depuis Voiron a même fait l'objet d'une course dès 1906 (on ne disait pas trail à l'époque, et le vin rouge n'avait pas encore cédé la place aux boissons isotoniques malgré les 50kms et quelques 3000m de D+ de la course !).
C'est du parking des Trois Fontaines que nous démarrons, suivant le chemin classique qui mène au pas de la Miséricorde. Las, ce pas est officiellement interdit par arrêté municipal suite à un risque de chute de pierres. Délaissant tous les randonneurs qui bravent ou ignorent l'interdit, nous bifurquons vers le sentier des Pierres Droites, curiosité géologique qui forme une dorsale inattendue en pleine forêt.
Puis c'est Jusson, très bel alpage en balcon panoramique avec cabane confortable et point d'eau. La Grande Sure domine avec son imposante arête nord-sud où se cacherait une arche naturelle ... Parmi les nombreux couloirs qui rayent la face, il faut choisir le bon, celui dans lequel se niche l'objet de nos convoitises.
La belle ne se laisse pas approcher si facilement. Tout d'abord il faut remonter une pente herbeuse très raide, puis remonter une cheminée avec quelques pas d'escalade que tout le groupe franchira sans trembler, même si le débit de paroles très ralenti témoigne d'une certaine concentration.

Et enfin la voilà, au détour d'un coude dans le couloir. Magnifique fenêtre en plein ciel, défendue par un dernier ressaut rocheux assez exposé. La corde est de sortie, autant pour assurer que pour rassurer. Les chamoises et les chamois casqués et encordés traversent fièrement le géomorphosite (mot grossier scientifique qui désigne l'arche) avant de déboucher sur le plateau sommital, où une bise glaciale nous cueille tempétueusement, réduisant à néant nos espoirs de sieste dans l'herbe après le casse-croûte.

La crête jusqu'à la croix est particulièrement sauvage, on y imagine bien des chamois quand il y a moins de vent. Le passage au sommet est rapide, à peine le temps de saluer les randonneurs qui sont montés par le chemin classique, et qui, stoïques, perpétuent la tradition du pique-nique au sommet.

Un encadrant qui assure :)
Pour nous c'est direction en bas dans le très raide couloir de Jusson. La corde sera de nouveau de sortie pour assurer un passage de désescalade exposé. Au bas du couloir, nous retrouvons notre itinéraire de montée, plus débonnaire, qui nous permet de relâcher un peu l'attention. Tout naturellement le débit de paroles remonte en flèche.

Merci à tou.te.s pour la bonne humeur, les échanges nourris et nourrissants, sans oublier le debriefing particulièrement riche, et la bière particulièrement rafraîchissante.

La pharmacie a servi !